Ce que nous dit le passé : une perspective de santé publique sur la COVID-19

Published: October 10, 2022

par Yuan Chao (Tim) Xue, Dialogue Sciences et Politiques (DSP)

Une urgence de santé publique est une “situation urgente et critique de nature temporaire posant un risque grave pour la vie, la santé et/ou la sécurité de la population”.

Ce genre de situations inclut l’ouragan Katrina, la pandémie d’influenza H1N1 en 2009 et la récente éclosion de COVID-19. Étant donné qu’il est important de tirer des leçons du passé afin d’être mieux préparé et de formuler des recommandations appropriées, les équipes de recherche et les responsables de la santé publique se penchent souvent sur les événements passés et évaluent de manière critique les actions entreprises.

Comme le souligne une déclaration de l’Association canadienne de santé publique, les plans d’intervention et de rétablissement du Canada en cas de pandémie de COVID-19 visent à minimiser les maladies mortelles et les décès tout en limitant les perturbations sociales potentielles pour la population canadienne. Les réponses du gouvernement fédéral à toute urgence de santé publique comprennent la surveillance, l’élaboration de directives, les tests de dépistage, l’approvisionnement en matériel d’urgence et les initiatives de quarantaine. Bien que la plupart de ces mesures aient été efficaces lors de la vague initiale de COVID-19, le gouvernement canadien a manqué de moyens dans des domaines tels que la collecte de données et la capacité de dépistage, ce qui a entraîné environ 4,2 millions de cas confirmés et plus de 44 000 décès (au 2 septembre 2022).

Capacité de collecte de données

Chaque province ou territoire est responsable de la collecte de ces informations cliniques et de santé publique, tandis que le rôle du gouvernement fédéral dans le système de santé publique reste limité. Pendant la pandémie de COVID-19, l’incohérence et le retard dans la transmission des données (l’une des caractéristiques de l’absence de service de santé centralisé) ont limité la capacité des organismes de santé publique à réduire les inégalités en matière de santé parmi les personnes les plus touchées ou à risque, comme les populations LGBTQ+, les communautés autochtones, les personnes de faible statut socio-économique et les groupes ethniques de minorités visibles.

Capacité de diagnostic

Bien que des lignes directrices en matière de dépistage aient été rapidement élaborées par chaque province et territoire, beaucoup ont tout de même connu des retards importants dans le diagnostic et le dépistage. Cela est principalement dû à l’ampleur sans précédent des cas, à une pénurie de trousses de dépistage et de réactifs (probablement en raison d’une rupture de la chaîne d’approvisionnement), à un retard dans la planification de la réalisation de tests supplémentaires et à une capacité d’analyse limitée dans chaque province et territoire. En raison de ce retard, de nombreux territoires et provinces ont réorienté leurs efforts vers les personnes présentant des symptômes et ont limité les tests pour les personnes asymptomatiques, ce qui a favorisé la propagation du virus. En fin de compte, ce changement d’orientation a probablement amené à sous-estimer le nombre de cas et la propagation du virus au cours de chaque vague au Canada.

Une approche axée sur l’équité en matière de santé concernant la COVID-19

Il est essentiel que les chercheurs et les responsables de la santé publique revoient leurs actions, mais aussi celles d’autres pays, afin d’améliorer les réponses de santé publique à toute urgence future. Les chercheurs de l’Université de la Saskatchewan recommandent un système de santé publique plus centralisé, tels que ceux mis en place à Singapour et en Corée du Sud lors des premières épidémies.

En outre, l’Association Canadienne de santé publique recommande au gouvernement fédéral de collaborer avec les provinces et les territoires pour élaborer des lignes directrices nationales normalisées en matière de collecte de données afin d’améliorer les capacités locales, régionales et provinciales de collecte de données et de favoriser un cadre national pour améliorer les capacités de surveillance au Canada.