Considérations pour la sécurité alimentaire dans le cadre de la livraison de kits de repas

Published: April 04, 2024

Par Hannah Shuster-Hyman et Kayona Karunakumar, Dialogue sciences et politiques

Alors que de plus en plus de personnes canadiennes commencent à compter sur la livraison de repas, il est essentiel de regarder au-delà des avantages de ce service et de prendre en compte les conséquences potentielles sur la santé et la sécurité de la clientèle.

La nourriture a un pouvoir remarquable d’évoquer des émotions, de déclencher des souvenirs et de rassembler les gens. Que ce soit l’arôme d’un plat préféré qui mijote ou la joie de partager un repas avec des proches, la nourriture occupe une place spéciale dans nos cœurs et nos vies. Par contre, pour certains d’entre nous, il peut être difficile de trouver le temps et l’énergie de préparer régulièrement des repas à la maison. La commodité d’une commande, d’un repas au restaurant ou d’un repas surgelé l’emporte souvent. C’est là qu’interviennent les kits de livraison de repas : la solution pour des repas faciles, sains et frais. Depuis la création de la première compagnie de livraison de repas en Suède, le marché mondial des kits de repas a connu une croissance exponentielle. Rien qu’aux États-Unis, plus de 150 entreprises proposent des services de livraison de repas en kit. Au Canada, la valeur du marché des kits de repas est passée de cinq millions de dollars en 2010 à plus de 1,5 milliard de dollars en 2020. Il ne fait aucun doute que la disponibilité croissante de ces services modifie la façon dont les personnes au Canada s’alimentent.

Quelle est la situation actuelle du marché canadien des kits de repas ?
Les kits de repas ont connu un regain de popularité pendant la pandémie de la COVID-19, car les gens passaient plus de temps à la maison et n’avaient que peu d’occasions de manger au restaurant. De nombreuses personnes ont également eu recours à des options de livraison de repas pendant la quarantaine. La commodité de la livraison, la diminution du gaspillage alimentaire, le contrôle des portions et la grande variété d’options proposées est grandement apprécié par les personnes qui ont recours à ces services. La valeur du marché en 2022 s’est élevée à un peu plus d’un milliard de dollars et devrait augmenter, malgré les défis auxquels est confrontée l’économie canadienne depuis la pandémie, tels que les niveaux élevés d’inflation et l’augmentation du coût de la vie. Alors que de plus en plus de personnes canadiennes commencent à compter sur la livraison de repas, il est essentiel de regarder au-delà des avantages de ce service et de prendre en compte les conséquences potentielles sur la santé et la sécurité de la clientèle.

Comment la sécurité alimentaire est-elle définie et réglementée au Canada ?
La sécurité alimentaire fait référence aux pratiques de manipulation, de préparation et de stockage des aliments afin de limiter le risque d’intoxication alimentaire. La mauvaise gestion des aliments pose un grave problème de santé, puisque plus de 4 millions de personnes canadiennes sont victimes chaque année d’une intoxication alimentaire. La sécurité alimentaire au Canada est donc une composante importante de la santé publique. Santé Canada supervise la sécurité alimentaire et les directives nutritionnelles pour tous les produits alimentaires vendus et achetés dans le pays. L’Agence canadienne d’inspection des aliments veille à l’application des réglementations prévues par la loi sur les aliments et les drogues, en supervisant les réglementations relatives à la promotion, à l’étiquetage et à l’emballage des produits alimentaires. Dans les cas d’intoxication alimentaire, l’Agence de santé publique du Canada enquête sur les épidémies et informe sa population sur les produits alimentaires potentiellement contaminés.

La température est un facteur critique qui influence la croissance bactérienne et la possibilité d’engendrer des intoxications alimentaires. Par conséquent, le maintien des aliments à la température appropriée est un principe central de la sécurité alimentaire. Les bactéries se développent facilement dans la «zone dangereuse» située entre 4 et 60°C (40 et 140°F), qui est devenue la ligne directrice définissant les pratiques alimentaires sûres. Le parcours d’un kit repas, de son emballage à sa préparation en passant par son transport, peut être considérable. Il est donc primordial de garantir une température adéquate tout au long du trajet.

(Source de la figure: Figure de Eva Maria Hanson pour FoodDocs)

En ce qui concerne la température des aliments, comment les kits de repas se comportent-ils ?
Malgré l’assurance donnée par les compagnie de livraison de kits de repas que les pratiques d’emballage garantissent le maintien des aliments à des températures appropriées, des études récentes ont révélé le contraire. Une chercheuse de l’Université métropolitaine de Toronto a examiné les températures des produits alimentaires à haut risque (viande crue, poisson, volaille) dans les kits de repas livrés par huit services d’abonnement disponibles à Toronto (Ontario). Lors de la livraison initiale, 12 % des produits étudiés avaient une température moyenne supérieure à 4°C. Huit heures après la livraison, soit la durée d’une journée de travail moyenne de 9 à 5, 76 % des boîtes affichaient une température supérieure à 4 °C. Des résultats similaires ont été obtenus dans le cadre d’une étude menée par l’université d’État de Caroline du Nord, où la température a été évaluée pour 72 kits de repas ou denrées périssables dans 12 entreprises. Plus de la moitié des livraisons évaluées contenaient au moins un produit dont la température était supérieure à 4 °C, y compris certains produits à haut risque comme la viande ou la volaille. Ces découvertes mettent en lumière une préoccupation significative concernant les intoxications alimentaires possibles pour la clientèle des services de livraison de kits repas.

Mais comment les clients savent-ils ce qu’ils doivent faire ? Seule une entreprise sur les huit étudiées recommande de vérifier la température des aliments à la livraison et moins de la moitié d’entre elles indiquent explicitement la température recommandée (<4°C). Aucune entreprise n’a publié d’informations sur son site web concernant le risque de développement de pathogènes pour les aliments qui ne sont pas conservés à la température recommandée.

En l’absence d’instructions explicites sur la vérification de la température des produits livrés et d’informations accessibles sur les lignes directrices en matière de sécurité alimentaire, le consommateur moyen peut ne pas être conscient des risques potentiels associés à ses aliments.

Qui est responsable de l’insalubrité des aliments ?
Malgré les normes réglementaires existantes en matière de sécurité alimentaire, les organismes de réglementation et les entreprises elles-mêmes n’exercent qu’une surveillance minimale de la qualité des aliments livrés en kit. La responsabilité de la sécurité des aliments incombe en grande partie aux aux personnes ayant recours à ces services. En examinant les conditions générales de plusieurs services de distribution de repas en kit, la majorité des entreprises indiquent explicitement que la responsabilité de tout risque sanitaire lié aux aliments est transférée à la clientèle dès la livraison. Mais comment les clients savent-ils ce qu’ils doivent faire ? Seule une entreprise sur huit étudiées recommande de vérifier la température des aliments à la livraison et moins de la moitié d’entre elles indiquent explicitement la température recommandée (<4°C). Aucune entreprise n’a publié d’informations sur son site web concernant le risque de développement de pathogènes pour les aliments qui ne sont pas conservés à la température recommandée. En l’absence d’instructions explicites sur la vérification de la température des produits livrés et d’informations accessibles sur les lignes directrices en matière de sécurité alimentaire, le consommateur moyen peut ne pas être conscient des risques potentiels associés à ses aliments.

Alors que l’utilisation des kits de repas augmente, comment pouvons-nous nous assurer que les aliments soient sécuritaire pour la consommation ?L’utilisation des kits de repas va sûrement continuer à croître, de sorte que la nécessité de prendre en compte la sécurité alimentaire est de plus en plus cruciale. De nombreuses stratégies peuvent être mises en œuvre pour améliorer la sécurité des kits de repas. Tout d’abord, l’apposition sur les emballages des kits de repas d’étiquettes de température qui changent de couleur de façon permanente lorsque les températures se situent dans une fourchette dangereuse indiquerait à la clientèle que les produits ne peuvent plus être consommés sans danger. Deuxièmement, l’obligation d’utiliser des véhicules réfrigérés pour la livraison des produits alimentaires améliorerait considérablement la capacité à garantir que les aliments sont maintenus à une température sûre tout au long du transport. Enfin, il est urgent de sensibiliser la clientèle des risques. Les entreprises devraient fournir à leurs clients des informations sur la «zone dangereuse» de température et l’importance de mesurer la température des aliments. Ces changements contribueront à protéger les personnes clientes contre les aliments dangereux tout en préservant la commodité et l’accessibilité des services de livraison de repas en kit.