Déclaration de DSP sur le Mois de la Fierté 2020

Published: June 29, 2020
Academia | LGBTQ | Pride | STEM

Alors que les manifestants inondent les rues demandant justice pour George Floyd, Regis Korchinski-Paquet, Breonna Taylor, Tony McDade, Ahmaud Arbery, Nina Pop, Oluwatoyin Salau, Tony McDade, Riah Milton, Dominique Fells, Rayshard Brooks, Ejaz Ahmed Choudry, et bien d’autres encore, notre attention collective a été engloutie par les appels à l’action lancés dans le monde entier pour mettre fin à la brutalité policière, au racisme systémique et à la suprématie blanche dans nos institutions sociales. Nos cœurs pèsent lourd face aux solutions marginales proposées et au déni de la discrimination qui se poursuit. Pourtant, malgré les sentiments croissants de frustration et de désespoir, nous sommes inspirés de voir tant de manifestants descendre dans la rue, même en plein milieu d’une pandémie. Nous sommes réconfortés de savoir que beaucoup travaillent en arrière-plan pour apporter des changements structurels à nos institutions. Nous espérons que, malgré la colère et la douleur, un véritable changement s’ensuivra.

Le Mois de la Fierté a amené de nouvelles opportunités de discussions sur la discrimination systémique. Cette année, la Fierté a marqué des progrès significatifs dans les droits de la communauté LGBTQIA2S+. Il n’y a pas de moment plus symbolique que le Mois de la Fierté pour que la Cour suprême des États-Unis se prononce en faveur de la protection des travailleurs LGBTQIA2S+ contre la discrimination en matière d’emploi. Il s’agit d’une victoire historique et encourageante pour la communauté LGBTQIA2S+. Cependant, la discrimination continue dans de nombreux autres domaines et doit être prestement combattue.

Au Canada, la communauté LGBTQIA2S+ n’est pas reconnue comme un groupe visé par l’équité en vertu de la Loi sur l’Equité en Matière d’Emploi. Les provinces offrent une protection contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Toutefois, les thérapies de conversion sont toujours autorisées dans la majeure partie du pays et la discrimination fondée sur l’expression de genre n’est pas protégée au niveau fédéral. Bien que notre Premier Ministre ait marché aux côtés de la communauté LGBTQIA2S+ lors des défilés de la Fierté, de nombreux autres se sont activement opposés aux politiques publiques qui mettaient en place des mesures de protection. L’histoire Queer au Canada est peut-être différente de celle de notre voisin, mais aujourd’hui encore, nous ne sommes pas à l’abri de pratiques discriminatoires.

Dans les établissements universitaires et les centres de recherche, ces pratiques discriminatoires continuent de prévaloir. La communauté LGBTQIA2S+ est largement sous-représentée dans les STIM et elle signale en outre des expériences négatives sur le lieu de travail par rapport à ses homologues d’autres secteurs ou par rapport aux scientifiques et universitaires non LGBTQIA2S+. On s’attend à ce que beaucoup d’entre eux modifient leurs comportements et s’adaptent à l’environnement universitaire dominé par les hommes cis hétérosexuels.

Ces conditions de travail ne sont pas surprenantes pour quiconque ne fait pas partie de la communauté universitaire hétérosexuelle cis-masculine d’origine blanche : la science a été et continue d’être utilisée comme un outil de marginalisation. Des barrières financières qui récompensent les milieux socio-économiques prospères, aux traitements médicaux inhumains contre les groupes marginalisés, l’entreprise scientifique est plus qu’un spectateur de l’injustice sociétale — elle a activement entravé le progrès en dérobant la société de son potentiel. En tant que figures d’autorité et de confiance, les scientifiques et les universitaires ont la responsabilité unique d’être les pionniers du changement sociétal en traduisant nos idéaux de progrès et d’innovation dans nos propres environnements de travail.

Un long chemin nous sépare des pratiques de dissimulation du genre et de l’identité sexuelle de scientifiques LGBTQIA2S+ très accomplis tels que George Washington Carver, Florence Nightingale, Alan Turing, Sally Ride et Leonardo da Vinci. Aujourd’hui, ils sont vénérés non seulement pour leurs réalisations scientifiques, mais aussi pour avoir surmonté les barrières sociales et ouvert la voie à la prochaine génération. Dans leurs traces, on trouve des scientifiques exceptionnels comme les docteurs Jen McCreight, Chanda Prescod-Weinstein, Mika Tosca et Ben Barres qui, parmi beaucoup d’autres, se sont fait les avocats de la communauté LGBTQIA2S+ en STIM. Ils se sont publiquement révélés être des membres de la communauté LGBTQIA2S+. Ils ont partagé leurs expériences et leurs défis avec le monde universitaire. Ils ont éduqué leurs pairs sur les meilleures pratiques de l’EDI, et les ont tenus responsables de s’engager dans de telles mesures. Ils sont allés au-delà de leurs responsabilités en tant que scientifiques pour construire une communauté à l’image d’un idéal que chacun d’entre nous devrait être fier d’atteindre. Nous nous devons de partager leur fardeau.

Fort heureusement, des organisations telles que 500 Queer Scientists, LGBTQIA2S+ STEM et Pride in STEM se sont déjà attelé sans relâche à la tâche d’accroître la visibilité des scientifiques LGBTQIA2S+ en mettant en valeur leurs travaux dans le monde entier. D’autres groupes de soutien tels que Spectra : l’Association des Mathématiciens LGBT ont également permis à des étudiants potentiels de s’informer sur le climat de travail de diverses institutions. En effet, une visibilité accrue s’accompagne d’une plus grande vulnérabilité personnelle et professionnelle. Il incombe donc à l’ensemble des STIM et de la communauté universitaire de favoriser un environnement inclusif et respectueux qui allégera le fardeau de tous les scientifiques issus de minorités sexuelles.

Après la Marche des Femmes en 2017 et le mouvement #MeToo en 2018, de nombreux établissements universitaires et lieux de travail ont commencé à améliorer leurs politiques en matière de violence sexuelle. Aujourd’hui, en 2020, après l’assassinat de George Floyd, les institutions ont entamé un dialogue avec les membres de la communauté Noire pour lutter contre les pratiques de discrimination raciale. Que nous faudra-t-il attendre avant de mettre en œuvre des plans d’action efficaces en matière d’EDI, incluant tous les groupes sous-représentés, comme l’ont promis les institutions en signant les recommandations de la Charte Dimensions ? Les institutions universitaires, qui se positionnent historiquement comme des agents d’innovation et de changement, n’ont pas suffisamment œuvré pour mettre en place des politiques contribuant à faire cesser le racisme et les autres formes de discrimination.

Il ne suffit pas de mettre en valeur les scientifiques LGBTQIA2S+ uniquement pendant le mois de la Fierté ou la journée LGBTSTIM. Il ne suffit pas d’évaluer les politiques en matière de violence sexuelle uniquement après l’émergence d’allégations importantes d’inconduite sexuelle. Il ne suffit pas de parler de l’EDI lorsque la brutalité policière fait la une du cycle quotidien de l’information. Nous devons agir maintenant et chaque jour pour déraciner les barrières discriminatoires systémiques afin de façonner une culture équitable et inclusive pour tous les universitaires et scientifiques tout en étant attentifs aux besoins intersectoriels.

Dialogue Sciences & Politiques s’engage à représenter dans son travail la communauté très diversifiée des chercheurs en début de carrière. Nous continuerons à nous efforcer de diversifier nos événements, nos membres et nos dirigeants, et nous continuerons à plaider pour l’équité, la diversité et l’inclusion dans les écosystèmes de recherche canadiens et internationaux. Nous souhaitons également faciliter une meilleure coordination avec d’autres groupes des chercheurs en début de carrière afin de collaborer sur ces questions, car la relève en recherche constitue un facilitateur essentiel du changement.

Alors que les établissements universitaires réévaluent leurs plans d’intervention pour l’EDI en réponse aux appels à l’action de mouvements tels que #ShutDownSTEM, #Strike4BlackLives et #Academics4BlackLives, Dialogue Sciences & Politiques invite la communauté universitaire à prêter oreille aux expériences de tous les groupes sous-représentés dans le monde universitaire, y compris les communautés racialisées (Noirs, Autochtones et autres personnes de couleur), les femmes, les aidants et responsables familiaux, les personnes en situation de handicap et la communauté LGBTQIA2S+, et à prendre des mesures qui reflètent les enseignements tirés de ces échanges. Profitons de ce moment pour apprendre les uns des autres. Proposons des solutions nouvelles, non conventionnelles et imaginatives afin que personne ne se sente exclu des STEM et du monde universitaire en raison de son identité personnelle ou sociétale. Posons les bases d’un ensemble de politiques structurelles qui seront flexibles aux changements culturels en constante évolution de la société. Soyons à la hauteur de nos idéaux en tant que leaders opérant aux frontières de la connaissance et du progrès, en construisant une communauté équitable, diverse et inclusive qui nous remplisse de fierté.

L’équipe de direction, le conseil d’administration et les bénévoles de Dialogue Sciences & Politiques.