Retour sur l’état de la désinformation sur le COVID-19 au Canada.

Published: March 24, 2022

Par Heloise Chapuis, Dialogue Sciences et Politiques (DSP)

Deux ans après le début de la pandémie, et alors que de nombreux pays, dont le Canada, commencent progressivement à alléger les mesures de santé publique, comme le port obligatoire du masque, la désinformation est encore très présente en ligne.

En 2021, le DSP a organisé un forum public auquel ont participé des experts en communication scientifique et en culture de l’information, dans le but de promouvoir un discours significatif entre les parties prenantes sur un large éventail de questions de politique scientifique. Ce forum s’est concentré sur la désinformation dans le contexte de la santé avec le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Le rapport publié ensuite par le DSP a mis en évidence l’ampleur de l’impact de la désinformation sanitaire sur la société canadienne durant la pandémie de COVID-19, dont les conclusions sont tout aussi applicables au niveau mondial.

Dressons donc un bref portrait du paysage de la désinformation au Canada.

9 canadiens sur 10 touchés par la désinformation

Laissons parler les chiffres: en février 2021, 90% des Canadiens avaient été exposés à de la désinformation. En effet, selon un rapport de Statistique Canada paru ce même mois, 96% des canadiens trouvaient les informations concernant le COVID-19 en ligne, une habitude d’autant plus exacerbée que la population était soumise à des mesures sanitaires strictes, incluant dans certaines provinces un couvre-feu et l’ordre de rester chez soi. Or, c’est principalement sur internet que se propagent les fausses informations, notamment sur les médias sociaux et les sites de nouvelles en ligne. Parmi les Canadiens qui s’informaient de cette façon, 90% avaient au moins une fois lu une information qu’ils avaient jugée douteuse, trompeuse ou tout simplement incorrecte. Ces chiffres sont d’autant plus alarmants que seuls 21% des Canadiens, soit 1 Canadien sur 5, vérifiaient systématiquement la fiabilité de l’information, 40% croyaient l’information avant de découvrir qu’elle était fausse, et 53% la partageaient sans avoir la certitude qu’elle reflétait bien la vérité.

L’infodémie, virus des médias sociaux

Loin d’être confinées au Canada, ces statistiques illustrent un problème d’ampleur mondiale, que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a nommé l’infodémie, ou la pandémie de la désinformation. L’infodemie, c’est une « sur-abondance d’informations — certaines exactes et d’autres non — qui rend la tâche difficile à la population pour trouver des sources et conseils fiables en temps de besoin ». Le problème, c’est que les fausses informations se propagent beaucoup plus rapidement que les informations véridiques, et atteignent une plus large audience. Selon une étude parue en 2018 dans Science, ce phénomène est observé dans tous les domaines d’information, qu’il s’agisse de politique, de légendes d’urbaines, de commerce, de terrorisme et de guerre, de sciences et de technologie, de divertissement ou de catastrophes naturelles. Une telle propagation est en partie due à l’un des principaux milieux qui permettent sa diffusion: les médias sociaux. Pendant la pandémie de COVID-19, 85% de la désinformation s’est répandue par le biais des médias sociaux, sur lesquels sont actifs 83% des Canadiens, l’une des populations les plus connectées du monde.

Entre les pétitions contestant l’obligation de vacciner et les fausses nouvelles sur les effets secondaires des vaccins, leur contenu, l’origine du virus et bien d’autres, la propagation de fausses informations peut avoir un effet dévastateur sur la santé publique. La désinformation peut en effet encourager la désobéissance aux autorités de santé publique et le refus de se faire vacciner. Un tel comportement met en péril l’effort collectif pour lutter contre la propagation du virus.

Mais bonne nouvelle, la démystification paie!

L’inquiétude commune selon laquelle les efforts de démystification empireraient la situation en répétant la fausse information afin de la corriger serait en réalité infondée. C’est ce que révèle une étude menée par Timothy Caulfield, Chaire de recherche du Canada en droit et politique de la santé. En effet, « alors que la spéculation sur le problème de la diffusion est ancrée dans les preuves de l’impact possible de l’exposition à la désinformation, il ne semble pas y avoir beaucoup de preuves empiriques directes que la démystification a effectivement cet impact problématique ». Les bénéfices surpassent donc les risques, et les efforts de démytstification sont cruciaux pour la science et des politiques de santé efficaces: « la désinformation est l’un des grands défis de notre époque », a déclaré le professeur Caulfield à Ottawa Citizen, ajoutant que « non seulement la désinformation crée des dommages physiques, mais elle érode la confiance dans nos institutions, elle érode la confiance dans la communauté, et c’est un problème important ».

Le Canada fait passer #LaSciencedAbord

De nombreuses initiatives ont été mises en place pour lutter contre la désinformation en ligne, à retrouver ici, comme #LaSciencedAbord, un effort d’échelle nationale lancé fin janvier 2021 par le sénateur Stan Kutcher de Nouvelle-Écosse, le professeur Timothy Caulfield et leur équipe. En partenariat avec l’Association canadienne des centres de sciences (ACCS), Ressources COVID-19 Canada, l’Institut du Droit de la Santé de l’Université d’Alberta, et financé par l’Agence de la santé publique du Canada, ce collectif scientifique indépendant de chercheurs, experts et communicateurs à travers le Canada travaille à rendre accessibles à tous les données scientifiques les plus récentes sur divers aspects de la pandémie, notamment les vaccins, le virus lui-même et les mesures gouvernementales. Leur contenu vulgarisateur, créatif, et bilingue est à retrouver, et surtout partager, sur plusieurs plateformes comme Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn, Tiktok et Youtube, ainsi que sur leur site internet. Las Science d’Abord a également présenté un panel sur les outils et stratégies innovants pour démystifier la désinformation sur la COVID-19 dans le cadre de la 13ème Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes centrée sur le thème “Bâtir un Avenir Meilleur” en 2021, qui peut être consulté ici.

Cet effort avait précédemment été mené par le Santé Publique Ottawa, dont une série de tweets est considérée comme le modèle à suivre pour faire face à la menace croissante de la désinformation liée au COVID-19.

©#LaSciencedAbord lutte contre la désinformation

Bien que les initiatives en ligne soient les bienvenues, la surabondance d’informations disponibles en ligne exige que nous fassions tous, à l’échelle individuelle, preuve d’esprit critique à l’égard de chaque élément d’information rencontré, qui n’a peut-être pas encore été démystifié lorsqu’il apparaît sur notre fil d’actualité.

Selon le guide du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) intitulé «Comment être plus intelligent que son cerveau», il est crucial de trouver un “équilibre délicat entre le scepticisme et l’ouverture d’esprit” pour naviguer dans les informations (erronées).

Faire la distinction entre les faits et les opinions, être conscient de ses propres biais cognitifs, analyser soigneusement le contenu, l’endroit où il a été publié et par qui, et diversifier les sources sont autant d’excellents moyens de briser le cycle de la désinformation, qui nous touche tous, en ligne ou hors ligne.