Soutenez notre science : Pourquoi le Canada doit en faire plus

Published: January 20, 2023

par Yuan Chao (Tim) Xue, Maïa Dakessian, Kaitlyn Easson, Sai Priya Anand et Bipin Kumar, Dialogue sciences et politiques (DSP)

La compensation financière de la plupart des établissements universitaires canadiens pour les chercheurs en début de carrière est insuffisante, ce qui fait qu’il est difficile pour ces personnes de couvrir leurs frais de subsistance de base sans s’endetter davantage. Dans de nombreux cas, les stagiaires doivent faire des choix difficiles pour concilier leur vie personnelle et leurs objectifs de carrière.

Les étudiants diplômés et les chercheurs postdoctoraux jouent un rôle essentiel dans l’économie du savoir du Canada, en contribuant et en jouant un rôle de premier plan dans la recherche de pointe, ainsi que d’autres services universitaires clés.

Difficultés financières rencontrées par les étudiants diplômés et les chercheurs postdoctoraux canadiens

Les étudiants diplômés et les chercheurs postdoctoraux jouent un rôle essentiel dans l’économie du savoir du Canada, en contribuant et en jouant un rôle de premier plan dans la recherche de pointe, l’enseignement et d’autres services universitaires clés, comme la rédaction de demandes de subvention, le mentorat et les comités administratifs. Malgré cela, la compensation financière de la plupart des établissements universitaires canadiens pour ces chercheurs essentiels en début de carrière est insuffisante, ce qui fait qu’il est difficile pour ces personnes de couvrir leurs frais de subsistance de base sans s’endetter davantage (voir les histoires des Visages de chercheurs). Dans de nombreux cas, les stagiaires doivent faire des choix difficiles pour concilier leur vie personnelle et leurs objectifs de carrière.

Les options de financement externe des trois organismes — le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) — sont au cœur du paysage de la recherche canadienne et contribuent à stimuler l’excellence et l’innovation en matière de recherche. Les programmes de financement offerts par les trois organismes comprennent des possibilités de bourses pour les étudiants diplômés et les boursiers postdoctoraux. Cependant, la valeur de ces bourses a stagné avec des augmentations minimes, voire presque nulles, depuis 2003, alors que l’inflation et le coût de la vie augmentent à des taux sans précédent (figure 1).

Ces salaires insuffisants dissuadent plusieurs individus de poursuivre des études supérieures ou de continuer leur parcours universitaire au Canada et les incite plutôt à chercher des opportunités plus favorables financièrement ailleurs, en transitionnant vers d’autres parcours professionnels ou en poursuivant leur carrière universitaire dans d’autres pays.

Les effets d’un financement insuffisant peuvent être particulièrement marqués pour les universitaires issus de milieux socioéconomiques défavorisés et pour les parents et les personnes proches aidantes, qui peuvent tout simplement ne pas être en mesure de poursuivre leurs études supérieures ou leurs bourses postdoctorales sans rémunération adéquate. Par conséquent, la réforme des systèmes de financement des étudiants diplômés et des boursiers postdoctoraux est un objectif important pour garantir un soutien équitable aux chercheurs de divers horizons.

Figure 1 : Montants des subventions accordées par les trois agences aux étudiants diplômés et aux chercheurs postdoctoraux de 2003 à 2020.

La Coalition Support Our Science (SOS)

La Coalition Support Our Science (SOS) est un groupe rassemblant des scientifiques et des chercheurs à travers le Canada qui se mobilise pour assurer un avenir durable et stable à la relève en recherche au Canada. La campagne SOS est soutenue par des organismes sans but lucratif tels que Preuves pour la démocratie, l’Alliance canadienne des associations d’étudiants, Dialogue Sciences & Politiques, l’Association canadienne des chercheurs postdoctoraux, le Réseau des politiques scientifiques d’Ottawa, le Réseau des politiques scientifiques de Toronto et la Société canadienne d’écologie et d’évolution.

Afin d’attirer l’attention du gouvernement fédéral sur cette importante question, la Coalition SOS a organisé des manifestations à Ottawa et à Montréal, respectivement les 11 et 17 août 2022, qui ont bénéficié d’une couverture médiatique nationale. Lors de ces rassemblements, des centaines de partisans, principalement des étudiants diplômés et des chercheurs postdoctoraux, se sont réunis pour remettre une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau et au ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie François-Philippe Champagne. Le 8 octobre 2022, le ministre Champagne a reconnu les préoccupations soulevées par la coalition et a exprimé son soutien au mouvement lors d’une entrevue à l’émission scientifique Quirks & Quarks de la radio de la CBC.

Le groupe a également soumis une pétition (e-4098) au gouvernement du Canada le 8 août 2022, exhortant le gouvernement à augmenter ses investissements pour soutenir la relève en recherche. Cette pétition a obtenu plus de 3 590 signatures au moment de sa clôture, le 7 octobre 2022, et a été présentée à la Chambre des communes par le député Richard Cannings le 19 octobre 2022.

Immédiatement après les rassemblements, la Coalition SOS a soumis une proposition pré-budgétaire au ministère des Finances, cosignée par Dialogue Sciences & Politiques, l’Association canadienne des chercheurs postdoctoraux, le Réseau des politiques scientifiques d’Ottawa, le Réseau des politiques scientifiques de Toronto et l’Association étudiante contre le racisme.

Dans cette présentation du budget, la coalition SOS a recommandé les changements suivants (figure 2) :

  • Augmenter de 48 % la valeur des bourses d’études des trois organismes pour les étudiants à la maîtrise et les boursiers postdoctoraux afin de suivre l’inflation depuis 2003.
  • Augmenter la valeur des bourses d’études supérieures (ES-D) du CRSNG et des bourses de doctorat du CRSH à 35 000 $ par année afin d’égaler la valeur des bourses d’études supérieures du Canada (BESC-D) des trois organismes pour les étudiants au doctorat.
  • Augmenter de 50% le nombre de bourses pour les études supérieures et doubler le nombre de bourses postdoctorales offertes par les trois organismes chaque année.
  • Fournir un soutien continu pour que les valeurs des bourses correspondent à l’inflation à long terme de 2,1 %.
Figure 2 : Changements proposés au financement des trois agences pour les étudiants diplômés et les boursiers postdoctoraux par rapport au montant actuel de la bourse.

Faites entendre votre voix !

Plus récemment, la Coalition SOS encourage les personnes à envoyer des lettres de soutien au mouvement à leurs députés. Plus de 1 700 lettres ont été envoyées en date du 24 octobre 2022 !

Il s’agit d’un processus continu et si vous soutenez ce mouvement, veuillez prendre trois minutes pour compléter le processus de soumission en utilisant ce lien pour exprimer votre soutien à votre député local.

Une première étape pour jeter les bases de changements structurels

Au nom du gouvernement du Canada, le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, l’honorable François-Philippe Champagne, a répondu à la pétition le 2 décembre 2022.

Il a reconnu que même si des fonds ont été budgétisés pour les Canadiens membres de la communauté en recherche, plus précisément depuis 2016, «les étudiant·e·s diplômé·e·s et les stagiaires continuent à faire face à des pressions financières croissantes» .

À ce titre, l’honorable Champagne a exprimé que le gouvernement continuera à travailler avec les trois organismes de financement afin de trouver de meilleures façons de soutenir les membres de la relève en recherche. Depuis cette réponse, la Coalition SOS continue d’entrer en contact avec les membres du Parlement pour plaider en faveur d’un meilleur financement des membres de la recherche et des boursiers. En fait, il reste encore beaucoup de travail à faire pour accroître l’équité dans l’accès à l’éducation au Canada.

Bien que la campagne SOS se concentre sur l’augmentation du nombre et de la valeur des bourses d’études supérieures et postdoctorales financées par le gouvernement fédéral, nous espérons que l’augmentation du montant du financement provenant des trois organismes inspirera des changements plus larges et plus structuraux dans les normes de financement au sein du système de recherche canadien. Cela pourrait inclure des réformes des programmes provinciaux de bourses, des bourses internes offertes par les universités et des garanties institutionnelles d’allocation minimale pour les étudiants diplômés et les stagiaires postdoctoraux. Comme l’ont souligné récemment les revues Science et Nature, les disparités croissantes entre les bourses de recherche et les possibilités offertes par l’industrie sont sans précédent et il faut y remédier pour retenir et soutenir la relève en recherche, en science et en innovation au Canada.