Vert un laboratoire zéro-déchet: 5 astuces

Published: February 04, 2020

par Vivienne Tam Dialogue sciences et politiques

On considère souvent que la recherche en environnement durable vise un progrès, par exemple, en développant de nouvelles technologiques vertes comme les bioplastiques. Toutefois, saviez-vous que les laboratoires des sciences de la vie génèrent 5,5 millions de tonnes de déchets plastiques par an et que l’impact écologique qui y est associé est estimé comme étant de 100 à 125 fois plus qu’à la maison ?

Je travaille dans un laboratoire de recherche en ingénierie et je n’ai remarqué l’hypocrisie de mes actions qu’il y a quelques mois. Bien que je fasse de mon mieux pour réutiliser chaque sac en plastique que j’utilise, je me débarrasse rapidement de nombreux embouts de pipette, de flacons en verre et de boîtes de Petri au cours d’une expérience.

Lorsque j’ai demandé à mes collègues s’ils savaient ce qui arrivait aux déchets une fois leur sortie du laboratoire, ils m’ont répondu qu’ils étaient directement incinérés, en raison d’une contamination inconnue. Il semble que le consensus soit que la priorité dans un laboratoire c’est d’obtenir des résultats publiables, l’environnement étant donc mis de côté. Et que si quelque chose devait changer ce serait d’abord pour obtenir une meilleure sécurité dans le laboratoire.

En tant que scientifiques soucieux de l’avenir de ce monde, comment pouvons-nous simplement fermer les yeux sur la façon dont nos propres pratiques de recherche scientifique contribuent au problème de consommation et de déchets plastiques ?

Des projets pour éviter que les plastiques se trouvent à la décharge commencent à être instaurés dans des universités. Par exemple, le département de chimie de l’Université d’Édimbourg gère un programme de recyclage des gants qui a déjà permis de recycler 85 % des gants souillés au cours des cinq dernières années.

Ces programmes sont encore rares dans le monde universitaire. Individuellement, que pouvons-nous faire en tant que scientifiques pour réduire nos déchets de laboratoire ?

Voici cinq façons qui vous aideront à être plus durable dans votre laboratoire :

1. Faire des achats écologiques pour les expériences

Le principe « n’achetez pas ce dont vous n’avez pas besoin » s’applique également ici. Trop souvent, nous achetons un produit chimique ou un réactif dont nous n’avons besoin que pour une seule expérience, puis il reste ensuite dans un espace de stockage jusqu’à ce qu’il soit éliminé.

Au lieu de faire l’achat immédiatement, voyez si un autre laboratoire en a et si vous pouvez en utiliser une petite quantité. Ensuite, faites l’achat que si c’est un investissement rentable.

Lorsque vous effectuez des achats, il existe de nombreuses façons d’être durable. Vous pouvez acheter des supports de pipettes rechargeables au lieu de ceux à usage unique ou assurez-vous que vous n’achetez que la taille de plaque dont vous avez besoin afin de ne pas utiliser seulement quelques puits avant de jeter la plaque entière.

En outre, vous pouvez acheter des fournitures de laboratoire écologiques auprès de nombreuses entreprises qui commencent à vendre de tels produits.

2. Conserver l’emballage de produits chimiques

Chaque fois que nous passons une commande, celle-ci est souvent, voire toujours, livrée dans une grande quantité de pellicule en plastique, de polystyrène et de carton. Je m’assure de conserver l’emballage dans lequel les produits sont acheminés. Que ce soit pour envoyer mon propre colis par la suite, pour entreposer des pipettes ou d’autres déchets ou même faire un DIY pour mes prochaines expériences, je ne sais jamais quand le matériel d’emballage pourrait m’être utile !

Si vous souhaitez réduire la quantité d’emballages que vous consommez, essayez de commander en gros ou d’acheter du matériel dans le magasin de fournitures de votre université.

3. Planifier ses expériences

Si nous tenons compte de la durabilité lorsque nous optimisons notre expérience, je pense que nous pourrions apporter des changements importants. Demandez-vous si vous avez vraiment besoin d’utiliser autant de tubes de centrifugeuse ou d’embouts de pipette.

Par exemple, vous pouvez étiqueter une pointe de pipette « eau », de sorte que chaque fois que vous pipettez de l’eau, vous pouvez réutiliser cette pointe au lieu d’en utiliser une nouvelle.

Y a-t-il des façons d’utiliser plus de verre lavable que de plastique jetable ? Par exemple, vous pouvez utiliser un cylindre de mesure en verre pour les volumes de solvant au lieu d’embouts de pipettes.

4. Réutiliser les récipients après une expérience

Je suis coupable d’avoir jeté de nombreux flacons en verre même s’ils auraient très facilement pu être lavés et réutilisés. Tout ce qu’il faut, c’est un lavage en profondeur avec du savon et de l’eau, puis un rinçage à l’éthanol pour enlever les étiquettes, avant de pouvoir les réutiliser.

Bien sûr, ne compromettez pas l’intégrité de votre expérience, mais réfléchissez à la possibilité de réutiliser un flacon plusieurs fois avant de le jeter.

5. Trouver des moyens d’économiser de l’énergie dans les laboratoires

Les laboratoires sont d’énormes consommateurs d’énergie, en raison de la grande quantité de hottes, de congélateurs et d’équipements électriques qu’ils contiennent. Vous pouvez réduire la quantité d’énergie utilisée en vous assurant de nettoyer les congélateurs afin que l’espace ne soit pas inutilement occupé avec de nombreux anciens échantillons ou en fermant le volet de la hotte lorsqu’elle n’est pas en utilisation.

Vous pouvez également vous assurer de ne pas laisser l’équipement allumé pendant la nuit ou de le mettre sur une minuterie afin qu’il soit éteint pendant certaines périodes de la journée.

La durabilité au sein des laboratoires n’en est encore qu’à ses débuts. Afin que de réels progrès s’installent en recherche, il faudrait que les universités commencent à réaliser l’impact qu’elles ont sur l’environnement. En effet, ces institutions doivent s’engager à lancer des programmes de recyclage des matériaux utilisés au quotidien dans leur laboratoire ou encore elles peuvent mettre en œuvre des projets de réduction de l’énergie consommée.

D’ici là, il est toutefois important de faire sa part, et selon moi, on peut commencer en intégrant ces cinq petites astuces dans notre routine de recherche. En modifiant nos propres pratiques, cela pourra même surprendre nos collègues qu’il soit possible d’être durable sans compromettre l’intégrité des expériences ; peut-être ils feront comme vous. Il suffit d’être soucieux de notre environnement et de vouloir faire mieux !