Vous souhaitez vous lancer dans la politique scientifique ?

Published: February 12, 2023

Par Gavin M. Douglas, Dialogue sciences & politiques (DSP)

Si vous êtes comme moi, vous vous intéressez peut-être aux politiques scientifiques, mais vous ne savez pas exactement, en pratique, en quoi cela consiste. Un groupe d’experts s’est récemment réuni dans le cadre de la Conférence canadienne sur les politiques scientifiques (CCPS) pour éclairer ce sujet. Mes principales conclusions (décrites ci-dessous) concernent les compétences les plus utiles et les défis que l’on peut rencontrer dans le cadre d’un travail en politique scientifique.

Le panel en action : une discussion sur l’engagement des jeunes chercheurs dans la politique scientifique. De gauche à droite : Madison Rilling (modératrice ; Optonique), Pier-André Bouchard St-Amant (professeur à l’École nationale d’administration publique), Simone Têtu (étudiante de premier cycle à l’Université McGill), Amélie Quesnel-Vallée (professeure à l’Université McGill), Jérôme Morty (directeur général du Conseil des académies canadiennes) et Pauline Pic (boursière postdoctorale à l’Université Laval).

La politique et la science opèrent à des rythmes différents

Les responsables politiques consultent souvent des experts pour les aider à formuler leurs politiques. Il s’agit d’un processus important, et il est essentiel d’inclure les scientifiques dans ces discussions. Cependant, il arrive souvent que les chercheurs n’aient pas de réponses complètes pour les décideurs politiques : dans certains cas, les questions des décideurs politiques peuvent même motiver une nouvelle investigation scientifique. Le problème est que les projets de recherche prennent généralement des années de la conception à la publication, alors que les décideurs politiques sont désireux de terminer ce processus en quelques semaines ou mois. Une communication précoce entre les chercheurs et les responsables politiques (et une meilleure intégration des équipes) peut contribuer à résoudre ce problème.

Les décideurs politiques viennent de contextes divers et manquent généralement d’expertise scientifique

Les panélistes ont convenu qu’il existe un décalage entre le langage utilisé par les scientifiques et celui des politiciens. La plupart des politiciens n’ont pas de formation scientifique avancée, et on ne peut donc pas s’attendre à ce qu’ils évaluent ou comprennent pleinement la plupart des articles de la littérature scientifique. Cela signifie que les compétences en matière de communication scientifique sont essentielles lors des discussions sur les politiques. Cela nécessite un équilibre entre résumer les informations de manière utile et intuitive, sans pour autant éliminer le contenu essentiel.

Les parlementaires reçoivent une quantité écrasante d’informations

Lors d’un autre panel à la CCPS, l’honorable sénateur Stan Kutcher a soulevé un point important qui est très pertinent pour cette discussion. Apparemment, les parlementaires reçoivent une énorme quantité de documents à lire, de sorte que même s’ils ont une formation dans un domaine scientifique, ils n’auront pas le temps d’examiner en détail les subtilités de chaque projet de recherche. Lorsque l’on communique en politique scientifique, il est donc essentiel d’être succinct !

Les décideurs politiques ne sont pas toujours réceptifs aux informations dans les rapports scientifiques

Les décideurs politiques sont généralement intéressés par l’avis des équipes de recherche et respectent leur expertise. Toutefois, selon les panélistes, les discussions avec les responsables politiques peuvent parfois sembler conflictuelles. Cela peut se produire si certains responsables politiques ne sont pas satisfaits du niveau de preuve d’une politique ou d’une question spécifique qu’ils défendent. Dans ces situations inconfortables, il est important que les chercheurs s’en tiennent toujours aux faits.

La science n’est qu’un des multiples facteurs pris en compte par les décideurs politiques

Pour prendre une décision, les responsables politiques collaborent avec de nombreuses parties prenantes, des scientifiques et d’autres experts de différents secteurs. Ainsi, des opinions divergentes reflétant les diverses expertises des personnes impliquées sont mises de l’avant. Il appartient ensuite au décideur de peser l’importance relative et la validité des différentes informations qui lui sont évoquées. Comme expert, tout ce que nous pouvons faire c’est de présenter les preuves dans notre domaine. Il reviendra au responsable politique de prendre la décision finale, et on devra respecter son choix!

Des connaissances générales sont utiles

Il est important d’avoir une vision globale des politiques scientifiques. Comme mentionné ci-dessus, les décideurs politiques entendent des opinions et des preuves provenant de différentes personnes, et donc de différents domaines. Ainsi, pour interagir de manière efficace dans l’univers de la politique scientifique, il convient d’avoir des connaissances en dehors d’une expertise scientifique spécifique. Par exemple, une personne panéliste a suggéré que les analystes de politiques scientifiques devraient également se tenir au courant de l’actualité, comme des questions économiques du moment. Cela vous permettra d’établir des liens entre différents enjeux politiques tout en améliorant la clarté et la précision de vos communications scientifiques.

Il est important de rester objectif: les priorités gouvernementales peuvent changer considérablement à la suite d’élections ou d’autres événements

Il est fréquent que les politiciens nouvellement élus aient des convictions idéologiques qui entrent en conflit avec certaines initiatives politiques sur lesquelles travaillait le parti précédent. Cela peut être très frustrant si vous avez contribué à des initiatives qui n’ont jamais abouti. Il est important de rester objectif et de continuer à fournir des preuves de haute qualité, même si vous n’êtes pas d’accord avec les priorités politiques d’un parti.

Dernières réflexions

Je m’en voudrais de ne pas mentionner comment les jeunes chercheurs peuvent s’impliquer dans la politique scientifique : les options sont nombreuses !

Notre propre organisation, Dialogue sciences & politiques, ainsi que le Centre canadien de politique scientifique sont toujours à la recherche de bénévoles, et ce, à travers le Canada ! En fonction de votre âge, vous pouvez également postuler pour devenir membre du Conseil jeunesse du premier ministre. Il existe également des organisations régionales. Au Québec, il y a le Comité intersectoriel étudiant et les Actions concertées des Fonds de recherche du Québec. En Ontario, il y a le Réseau des politiques scientifiques d’Ottawa et le Réseau des politiques scientifiques de Toronto, respectivement. Enfin, le National Science Policy Network des États-Unis accepte des membres internationaux et fournit de nombreuses ressources précieuses pour comprendre la politique scientifique en général.

Pour en revenir au forum, laissez-moi simplement ajouter qu’il m’a aidé à comprendre qu’il existe de nombreuses différences entre ce qui est valorisé dans la recherche et l’élaboration de politiques pratiques. J’aimerais beaucoup en apprendre davantage sur les opinions des personnes qui sont nouvelles dans ce domaine. Si vous n’êtes pas d’accord avec l’un des points mentionnés à travers ce billet, ou si vous vous attendiez à ce que d’autres points soient mis en évidence, n’hésitez pas à nous le faire savoir !